Bonjour,

Dans un précédent post, je vous avez fait un petit compte-rendu de la conférence/formation sur l'ABA animée par Julien Sibille (voir post sur la conférence du 15/10/2013  ici).

[Rappel :

ABA Applied Behavior Analysis ou, en français, Analyse Appliquée du Comportement]

 

 

J'ai eu envie de l'interroger pour comprendre d'où était née cette vocation de psychologue-ABA.

Julien s'est prêté avec intérêt au jeu des questions-réponses. En voici, la retranscription.

 

-- Questions/Réponses : Julien Sibille et l'ABA --

 

Julien Sibille photo

 

Julien est l'un des psychologues référent de l'association P'tit Dom.

Emilie, bloggeuse à P'tit Dom

 

 

 

 

Quand à moi, Emilie, je suis bloggeuse à P'tit Dom depuis Novembre 2013. J'essaie de vous donner régulièrement des nouvelles de l'association.

 

 

   

 

Emilie : Julien, vous avez rejoint P'tit Dom récemment en septembre 2013 ; avant cela, quel a été votre parcours ?

Julien : J'ai suivi une licence de psychologie à l'université de Nancy, puis j'ai fais une année d’étude en sciences humaines et sociales à l'université de Cracovie en Pologne. J'ai ensuite terminé mon cursus en psychologie clinique et rejoint le D.U A.B.A de Lille 3 en 2012. J’envisage de poursuivre un D.U. de neuropsychologie l’année prochaine.

 

Emilie : On entend souvent tout et n'importe quoi sur l'ABA ; mais l'ABA qu'est ce que c'est exactement ?

Julien : L'A.B.A c'est une science, issue des théories développées par Skinner dans les années 50. Pour certains, les lois du comportement telles que mises à jour par Skinner sont une des découvertes des plus importantes depuis Gallilé ou Copernic. L'A.B.A consiste en la mise en oeuvre d'une démarche d'analyse scientifique des comportements. C'est grace à cette analyse que l'on  peut définir des procédures permettant d'intervenir et de mesurer l'efficacité de l'intervention sur tout type de comportement-problèmes (dans l’autisme, la dépression, ou encore dans les troubles des conduites alimentaires). C’est une démarche puissante pour prendre en charge les troubles du comportement, et instaurer une pédagogie positive basée principalement sur la récompense*.

 (*) Note d'Emilie, ici je précise qu'il faut comprendre "récompense" dans un contexte d'ABA. Des féliciations orales ou un pouce levé sont par exemple une sorte de "récompenses" (ou renforçateurs, ou renforcement)

 

Emilie : Comment organisez vous les séances avec les différents enfants ?

Julien : Les séances sont très structurées. Nous intervenons de façon à ne pas donner aux enfants ''l'impression'' de travailler, mais en amont nous avons defini des axes d'intervention sur la base d'évaluations précises et de discussion avec l’entourage de l’enfant. De façon typique, nous commençons par une phase plus ou moins longue de ‘’pairing’’ qui permet à l’enfant de nous voir comme une source de conséquences positives. Progressivement nous lui demandons de fournir un effort de plus en plus important pour obtenir des récompenses*, en nous basant sur ce qui motive l’enfant. Nous obtenons ainsi la coopération ce qui nous permet d’introduire des cibles d’apprentissage précises dont l’enfant aura besoin pour être fonctionnel dans son environnement quotidien.

  (*) Note d'Emilie, même commentaire que précédement concernant la notion de "récompense".

 

Emilie : Parlez-nous de la complémentarité entre le psychologue et l'éducateur ?

Julien : Nous faisons en effet un travail vraiment complémentaire, dans le sens ou l’éducateur va mettre en application les stratégies comportementales qui vont mener l’enfant vers l’apprentissage et ou le psychologue va guider cette mise en œuvre. Le contact constant avec l’éducateur permet en plus d’enrichir les axes de travail définis par le psychologue en fonction des observations.

 

Emilie : Pourriez-vous nous conter une anecdote sympathique avec l'un des enfants de P'tit Dom ?

Julien : Ce qui est vraiment super c’est quand les enfants finissent par s’intéresser aux autres enfants. La semaine dernière un des enfants s’est mis à jouer au coiffeur avec une petite fille c’était vraiment très drôle, et un peu émouvant parce que le jeu symbolique** est souvent compliqué pour les enfants autistes. 

 (**) Note d'Emilie : par jeux symboliques, on entend des jeux où le petit enfant tente de reproduire ce que font les adultes autour de lui (donner à manger à une poupée, coiffer ses poupées, jouer aux gendarmes et aux voleurs...)

 

Emilie : Que pensez-vous de la dynamique actuelle de la recherche sur l'autisme ?

Julien : Je sais qu’il y a de nombreux courants de recherche qui explorent de nombreuses pistes (génétique, maladies infectieuse entre autre). L’autisme est vraiment un axe de recherche majeur, c’est aussi une affaire financière importante…

Les derniers résultats de recherche en psychologie sont vraiment intéressants et permettent de comprendre de mieux en mieux comment l’autiste fonctionne.

Il faut du recul mais personnellement je tiens beaucoup compte de ces résultats et de la parole des autistes qui ont écrit des ouvrages expliquant leurs difficultés. Ce qui est très important c’est de regarder si les résultats ont été répliqués, et surtout qui finance l’étude. Une grande partie des publications et revues du monde entier sont financées par des laboratoires pharmaceutiques pour qui l’intérêt financier est bien plus important que l’intérêt clinique réel.

 

Emilie : Julien, avez-vous un conseil à adresser aux parents d'enfant avec autisme récemment diagnostiqué ?

Julien : Je leur conseillerai de ne pas hésiter à questionner les professionnels qu’ils vont rencontrer, et de ne pas se laisser impressionner par le ‘’pouvoir médical’’. La prise en charge d’un enfant autiste peut être longue et coûteuse… Il y a vraiment "à boire et à manger" dans le domaine des prises en charge et c’est difficile de s’y retrouver. Je pense que  le plus important c’est  de choisir une démarche basée sur des preuves scientifiquement validées, que ce soit pour un traitement psycho-éducatif, chimique, ou un pour un régime particulier. Et encore une fois, de ne pas se laisser impressionner par le pouvoir médical.

 

Emilie : Vous vous plaisez à Bordeaux ?

Julien : Je viens de Lorraine, alors je me plais vraiment à Bordeaux : j’ai découvert que le ciel était bleu !

 

Merci Julien.

A bientôt sur le blog. Emilie