Suite et fin de l'interview de Sarah
Pour lire la première partie, c'est ici.

Sarah BSarah, orthophoniste

Emilie, bloggeuse à P'tit Dom

 

 

 

Emilie, bloggueuse à P'tit Dom

 

 

 

 

 


Emilie : Comment s'intègre votre travail avec le reste de l'équipe de P'tit Dom, psychologues et éducateurs ?
Sarah : Le travail avec le reste de l'équipe s'articule autour des enfants de P'tit Dom que je reçois en orthophonie. L'intérêt de travailler avec d'autres professionnels permet d'échanger, de mettre en place des objectifs complémentaires, de savoir où en est chacun de sa prise en charge et de pouvoir s'ajuster au fur et à mesure. 
Nous nous consultons tous les jours et quand nous avons des inquiétudes sur une prise en charge, nous pouvons réfléchir et chercher des solutions ensemble. Cela est bien plus efficace et nous apprenons tous les jours les uns des autres ! 
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Emilie : Pourriez-vous nous conter une anecdote rigolote avec l'un des enfants de P'tit Dom ?
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Sarah : Il y en a tous les jours... Lors de mon premier jour au cabinet, j'ai rencontré mon premier patient et je lui ai demandé ce que cela représentait pour lui d'être "autiste". Il m'a répondu très spontanément : "Ben voyons ! Tu sais, quand même ça a des avantages. Je ne vais à l'école que le matin ! " Je trouve le pragmatisme très terre à terre des enfants toujours saisissant !
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Une autre anecdote, moins drôle mais touchante : en bilan avec  une petite fille je devais simuler la détresse, faire semblant de pleurer et attendre une réaction. La petite fille s'est approchée de moi, a pris mon visage dans ses mains et s'est mise à pleurer ... Le fait que cette petite fille ait pu éprouver de l'empathie est particulièrement touchant ! 
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Emilie : Sarah, avez-vous un conseil à adresser aux parents d'enfant avec autisme récemment diagnostiqué ?
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Sarah : Je ne crois pas qu'il y ait LE bon conseil à donner. Chaque enfant, chaque enfant avec autisme et chaque contexte familial est différent. Cependant, il est essentiel que les familles s'entourent. Nous, professionnels de santé, sommes là pour les accompagner, les guider, les conseiller, tout au long de la prise en charge qui s'avère bien souvent longue et difficile à tout point de vue.
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Comme le disait Julien Sibille (son interview ici) , il y a beaucoup de prises en charge dans ce domaine et il est important de trouver, parmi les démarches recommandées, celle qui sera adaptée à l'enfant.  
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Les associations font un travail considérable et les parents peuvent souvent y trouver une oreille, des conseils d'autres familles qui traversent les mêmes épreuves. Les échanges y sont précieux. Que ce soit auprès de professionnels de santé ou de parents, il n'y a pas de question "bête", surtout quand un diagnostic imprévu tombe... Il ne faut pas hésiter à se tourner vers eux ! 
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dessin

Peinture réalisée par un des enfants de P'tit dom
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Emilie : Quel message souhaitez-vous faire passer aux étudiants en orthophonie qui hésitent à se spécialiser en autisme ?
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Sarah : Je comprends cette hésitation qui est davantage une réticence finalement. Mes amies disent souvent que je suis "courageuse" de réaliser ces prises en charge... Pour moi, ce n'est pas une question de courage mais de conviction. Il existe des outils, des modalités de prise en charge, des courants théoriques différents... Quoique l'on utilise, il faut être convaincu de ce que l'on fait.
Ces prises en charge sont tout aussi gratifiantes et ces patients nous apportent énormément. Chacun de leur progrès nous donne envie de les aider à avancer.
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Aux futurs orthophonistes, je dirais qu'il ne faut pas hésiter à rencontrer des professionnels formés ou chevronnés, échanger, et faire des stages dans des structures qui accueillent des patients avec autisme. 
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Merci Sarah,
à bientôt et bonnes vacances à tous.
Emilie